SITADEL, la base de données des permis de construire

La base SITADEL est une mine de données pour la compréhension des dynamiques urbaines et territoriales. Cet article est une tentative d’exploitation des données agrégées au niveau de la commune, sur le territoire de la région Auvergne-Rhône-Alpes.

La donnée

Les données de Sitadel2 proviennent des formulaires de permis de construire. Tout pétitionnaire projetant une construction neuve ou la transformation d’une construction nécessitant le dépôt d’un permis de construire, doit remplir un formulaire relatif à son projet et le transmettre à la mairie de la commune de localisation des travaux. 

Les permis pris en compte dans les statistiques de Sitadel2 sont ceux donnant lieu à des créations de logements ou à de la surface de locaux non résidentiels.[statistiques.developpement-durable.gouv.fr]

Depuis le 1er mars 2012, en application de la loi « Grenelle 2 » du 12 juillet 2010, les surfaces renseignées dans la base sont les surfaces de plancher et non plus les SHON/SHOB. Ce changement crée une rupture dans les données historiques. Nous ne prendrons donc en compte ici que les séries annuelles depuis 2012 (jusqu’à 2017).

La donnée est produite par le Service de la Donnée et des Études Statistiques (SDES), rattaché au Commissariat Général au Développement Durable (CGDD) au sein du Ministère de la Transition écologique et solidaire.

Les données agrégées par communes sont plus faciles à manipuler, mais il est également possible de télécharger le détail des données mensuelles des permis de construire pour les logements ou les locaux. Au niveau communal, les variables utilisables sont les suivantes :

  • Nombre de logements autorisés individuels purs
  • Nombre de logements autorisés individuels groupés
  • Nombre de logements autorisés collectifs
  • Nombre de logements autorisés en résidence
  • Total nombre de logements
  • Surface en m² de logements autorisés individuels purs
  • Surface en m² de logements autorisés individuels groupés
  • Surface en m² de logements autorisés collectifs
  • Surface en m² de logements autorisés en résidence

Nous n’utiliserons pas les données relatives aux résidences, dont le volume est négligeable est semble difficile à interpréter.

Pour une définition des types de logement autorisés (individuel pur, groupé, collectif), se reporter au site de l’INSEE.

Une production de logement collectif globalement circonscrite aux grandes villes

Part du logement collectif dans les surfaces autorisées.

Le logement collectif est un marqueur fort d’urbanité. SITADEL permet d’observer la répartition de sa production à l’échelle locale et sur plusieurs années. De prime abord, on est surpris du poids de ce type de logement même dans les petites villes (entre 3 000 et 10 000 habitants), où il représente déjà près de 40 % des surfaces autorisées en moyenne. Dans les métropoles, où la pression démographique est la plus forte et se conjugue avec la rareté du foncier ancien, cette part dépasse facilement les 90 %.

Toutefois, on observe que le poids du logement collectif dans les surfaces autorisées diminue rapidement avec la distance aux pôles urbains (petites ou moyennes villes). Cette distance est proportionnelle à l’importance de la ville-centre : ainsi, si le logement collectif représente encore plus de 60 % des surfaces autorisées en seconde, voire en troisième couronne de Lyon (Chassieu, Décines, Meyzieu, Mions, Feyzin, Brignais, Craponne, Montluel…), il dépasse rarement 40 % en première couronne de villes moyennes comme Valence, Bourg-en-Bresse, Ambérieu-en-Bugey ou Roanne.

Plus surprenant, certaines villes moyennes comme Annonay (16 000 habitants), Montluçon, Thiers, Aubenas ou Montélimar n’autorisent quasiment pas de logement collectif, ou dans des proportions très faible (moins de 20 % des permis de construire). La ville-centre comme l’aire urbaine de ces villes sont ici fortement productrices de logement individuel.

La carte appuie également le constat que les reliefs favorisent le logement collectif, une topographie contraignante entrainant de fait davantage de surfaces inconstructibles et accentuant la rareté du foncier (lequel est mieux rentabilisé avec du collectif que de l’individuel). Ainsi, dans les communes du massif alpin, la part du collectif dépasse couramment les 40 %. Dans la vallée de l’Isère, autour de Grenoble, cette part est rarement inférieure à 60 %. Le poids du collectif se conjugue et s’intensifie avec la pression démographique des métropoles (Lyon, Genève, Grenoble…).

Vallée de Grenoble – Photo : Olivier Duquesne

Les giratoires favorisent-t-il le logement individuel ?

Le grand giratoire est l’aménagement routier périurbain par excellence : trop gros pour les centre-villes historiques, mal aimé des piétons et des cyclistes, il se justifie néanmoins par la nécessité d’écouler d’importants volumes de trafic. Ces deux conditions (espace et trafic) se retrouvent principalement dans le milieu périurbain. Il constitue ainsi un marqueur géographique fort ; l’épisode des Gillets Jaunes en ayant même fait un symbole identitaire.

Vue aérienne d’un giratoire à Chemere, Loire Atlantique, France.
Altitude Drone/altitudedrone – stock.adobe.com

Toutefois, si l’on observe une certaine correlation (coefficient : 0,6) entre le nombre de giratoires par commune et la surface de logement individuel autorisée, il serait risqué de conclure positivement en affirmant que le l’étalement pavillonnaire favorise ce type d’aménagement routier, ou inversement. En effet, la même correlation s’observe avec la surface autorisée de logement collectif, bien que dans une moindre mesure (coefficient : 0,5)…

Surface de logement individuel autorisée et densité de giratoires

Cette double production intensive, à la fois de logement individuel et de logement collectif s’explique assez simplement par l’implantation géographique de ces derniers : les communes périurbaines, riches en espace (et en giratoires), peuvent se permettre d’autoriser massivement la construction de logements individuels, mais restent soumises à la pression démographique de la ville-centre. Cette dernière, au travers de l’intercommunalité, tend ainsi à imposer à ses voisines ses objectifs de production de logement collectif, d’où un constat assez mitigé (bien que la correlation « nombre de giratoires / surface de logement individuel autorisée » soit bien réelle).

De même, une idée couramment admise est que la réalisation d’infrastructures autoroutières favorise le triptyque « usage de la voiture – étalement urbain – logement pavillonnaire ». Ici aussi, cette idée est à nuancer, car le réseau autoroutier dessert en priorité les pôles urbains, où la production de logement collectif est également importante (la part modale de la voiture individuelle est exclu de la présente réflexion).

Une « densification pavillonnaire » autour des axes de transport

La surface de logement individuel rapportée à la superficie de la commune permet d’identifier de véritables « corridors de densification », le long des grands axes routiers et ferroviaires, qui s’ajoutent au phénomène plus connu d’extension urbaine en tâche d’huile autour des grandes villes.

Réseau ferré et routier VS surface de logement individuel autorisée / superficie de la commune.

Géographiquement, cette « densification » est la plus forte là où se conjuguent axes routiers et ferroviaires. Quant à attribuer à un mode ou à l’autre une forme particulière d’habitat (individuel ou collectif), l’imbrication du réseau ferroviaire et autoroutier ne permet pas de tirer une telle conclusion à l’échelle des communes de la région Auvergne-Rhône-Alpes, comme le montre la carte suivante. En effet, le logement collectif semble se concentrer essentiellement dans les grandes agglomérations, sans égards au réseau ferroviaire ou autoroutier.


Réseau ferré, gares de voyageurs et autoroutes VS surface de logement collectif autorisée / superficie de la commune.

La pression foncière

La taille moyenne des opérations de construction, en particulier de logement individuel, suit approximativement la répartition des revenus, avec une augmentation de la surface autorisée par PC en allant vers l’est alpin et vers l’extérieur des métropoles.

Certains schémas bien particuliers sont toutefois intéressants à relever, comme en première couronne de Lyon, où l’on distingue nettement un croissant ouest de grandes opérations de construction individuelle allant de Sainte-Foy à Caluire/Rillieux en passant par le plateau de Lyon 5e, Écully et les Monts d’Or. C’est le cas également de Grenoble, sur le plateau de la Chartreuse, au sud au delà d’Échirolles et dans la vallée de l’Isère, ou encore du Genévois français et l’est d’Annecy. Cette répartition n’est pas sans rappeler ce que Jacques Lévy surnomme « l’Anneau des seigneurs » pour désigner la concentration de revenu élevés et de grands propriétaires qui ceinture la plupart des métropoles françaises.

« L’anneau des seigneurs » lyonnais.
(Taille moyenne des opérations – individuel pur)

Le rapport entre la surface de logement individuel autorisée et la population de la commune (2012) fournit enfin un indicateur intéressant de « pression foncière » (beaucoup de surface de logement individuel autorisée par rapport à la population). Sur la carte ci-dessous, l’aire urbaine de Clermont-Ferrand, le sud de l’Ardèche, l’est alpin et la périphérie des métropoles apparaissent nettement.

Conclusion

Ce court article ne rend pas hommage à la richesse des données de la base SITADEL, laquelle trouve déjà de nombreuses application pour le calcul de la fiscalité locale et l’observation du secteur de la construction. Son intérêt pour les sciences sociales et les études de géographie urbaine mériterait cependant davantage d’attention.

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